En écho à Cécile et Agnès...
C’était il y a 2 ans, un matin de fête des mères.
La veille, toute joyeuse, je parcourais la rue de Rome pour acheter des cordes et une mentonnière pour mon violon fraîchement retrouvé. J’étais si heureuse de cette vie dans mon ventre. Qui sait,
peut-être était-ce la petite fille que nous rêvions d’accueillir ? Peut-être allait-elle naître, libre, à son heure, dans le respect et l’amour, dans l’intimité de notre foyer ?
Ce matin-là, je me suis mise à perdre du sang. Juste un peu. De quoi s’inquiéter, certes, mais espérer, ainsi que nous le dit G., par téléphone, que ce ne soit qu’un saignement sans gravité.
J’avais l’impression de marcher sur un fil, entre deux réalités différentes, et qui ne m’appartenaient pas.
Deux jours plus tard, le flot de sang ne me laissait plus de doute. C’était un jour de réunion sans fin, dans une atmosphère plus que pesante de ces désaccords qui s'accumulaient depuis de longs
mois. Je tentais de faire bonne figure, tout en sachant la vie qui s’écoulait de moi, entraînant l’espoir. Je me rendis aux urgences pour être fixée, et vérifier que je n’étais pas en danger. Je
savais que je devrais être forte, ne pas me laisser envahir par ce que j’y entendrais. Et en effet…
J’étais une femme en deuil de son enfant, dans le sang et les larmes, à qui on disait que ce n’était pas grave, puisque j’avais déjà 3 enfants. Et puis d’abord, qui sait si celui-ci était
désiré ? Et en même temps, vu qu’on n’était pas sûr que ça se passe bien, il fallait que je prenne des cachets pour accélérer le processus. Des cachets que je ne voulais prendre qu’en cas de
vraie nécessité, car j’allaitais M.
Cela ne m’atteignait pas, j’étais avec mon bébé, lui disant que j’acceptais qu’il s’en aille, puisque sa fin était venue. Instant d’une déchirante tendresse. Qui me rendait
forte. Au point que la secrétaire des urgences vint pleurer dans mes bras son frère mort dans un accident d’avion, alors que je remplissais les papiers d’admission.
Puis je suis rentrée, tard, un peu meurtrie. Les enfants étaient si calmes.
Je restai quelques jours à la maison, me réfugiant sous la douche pour pleurer au creux de l’eau, puis partant dans des moments d’intense activité, pour ne pas céder au désespoir. J’étais
entourée par ma famille que je sentais si forte, si soudée, par ces amies chères, à l’écoute de ma peine, par G., si douce.
Puis le bébé sortit, c’était le premier bébé que je mettais au monde seule.
Moment intense où le temps s’est arrêté. Je le contemplai longuement. Il était si petit, mais il avait tant de place dans ma vie.
Je mis au courant son père, et disposai de son corps, comme cela me sembla juste.
L. put dire sa peine.
J’empruntai quelques livres pour expliquer aux enfants, ce bébé venu et reparti si vite. C’était si simple, avec eux…
C’est banal, une fausse couche, si tôt dans la grossesse, mais pour moi, cela a marqué un tournant.
Je n’ai pas subi, mais vécu ce qui se présentait.
Accepter cette mort a changé mon rapport à la vie.
Des échos