Mardi 10 juin 2008

publié dans : Derrière le voile
La douleur m'attrape,
et me submerge,
comme une vague trop puissante.

Ma vue se brouille,
l'eau salée pique mes sinus,
alimentant larmes de colère et d'effroi.

Alors je me relève tant bien que mal
et retourne sur la grève.

Je m'assois sur le sable mouillé,
entre les empreintes des pattes des mouettes
et les insectes qui sautillent.

Genoux entre mes bras, je me berce,
observant les couleurs changeantes de l'eau,
humant les senteurs iodées,
contemplant l'horizon.


Face à ce qui me dépasse,
entrer en communion.

Souffler vers lui mes pensées douces

Où que tu sois, je t'aime, Papa.


Et puis laisser le son passer par là.
polissant l'impossible,
ouvrant fenêtres, portes et murs,
jusqu'à ce qu'un parfum doux
envahisse l'espace,
le parfum d'un amour dffférent.


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Samedi 7 juin 2008

publié dans : Entre vallons et collines
Il y a deux nuits, je conduisais, avec M. , bébé, dans son siège auto derrière moi.
Route sinueuse en pente raide.
D'un coup, je me rends compte que je me suis assoupie ! La voiture roule très vite, je ne sais comment nous avons pu en réchapper.
J'arrive à la reprendre en main et cherche un endroit pour faire demi-tour.
Je m'arrête, et ouvre toutes les portières de la voiture pour respirer.
C'est alors que le rêve reprend des couleurs, absentes jusque-là : une file indienne de petits poussins d'un jaune brillant envahit la voilure, poursuivie par de gros chiens doux aux poils longs et aux yeux tendres !
Des poussins à la Claude Ponti ;-)

Alors quand R., cet après-midi, à la bibliothèque, a été chercher ce livre-là, j'ai souri :-)
Car dans ce qui s'accélère en moi ces derniers jours, tout est bon pour éviter de couler dans l'eau noire.
Et mes poussins s'y emploient...

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Jeudi 5 juin 2008

publié dans : Derrière le voile
Quand le calme advient
apparaît l'eau noire,
aux reflets moîrés.

Complètement opaque,
mais souple et vivante,
reflets d'or.

Je sais qu'elle m'attend
un jour ou l'autre,
comme chacun d'entre nous,
sans retour possible.


La Traversée du Styx, par Gustave Doré (1861)

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Mercredi 4 juin 2008

publié dans : Entre vallons et collines
La "vie" a repris son cours,
en surface en tous cas.

Le boulot,
la vie de famille,
la logistique,
mes activités ressources
et tutti quanti.

En musique de fond
son absence
colore tout le reste
de bémols et de dièzes surprenants.

Le souci pour ma mère,
en note persistante,
comment la soutenir
discrètement,
concrêtement ?

Un grand calme,
avec des pics de  tristesse éperdue.

Dissonnances et silences.

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Vendredi 30 mai 2008

publié dans : Renouer les fils












Non, je ne pourrai plus jamais lui parler...

Mais hier, en préparant les papiers administratifs d'annonce de son décès, j'ai trouvé, sur son micro, un fichier de 14 pages où il racontait l'histoire de sa famille, de ma famille.

Merci, papa.

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Vendredi 30 mai 2008

publié dans : Derrière le voile

Un visage de profil, de longs cheveux, une main tendue ?


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Vendredi 30 mai 2008

publié dans : Renouer les fils
Ces derniers jours, j'ai marché, souvent.
caressant du regard ma ville d'enfance,
longtemps délaissée,
et laissant le vent, l'eau, la lumière m'apaiser.

 


PS : merci pour vos mots de soutien.

 


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Mardi 27 mai 2008

publié dans : Derrière le voile
Sur une chaise longue au soleil
mon père est mort vendredi.
Il a dit son bien être,
et s'en est reparti.

Sa paix me soutient
dans ces heures douloureuses,
et le vent,
au dessus du Rhône.

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Jeudi 22 mai 2008

publié dans : Avancer vers moi

Le carnet de rêve commence à remplir son œuvre.

Tous les matins, je sais maintenant combien la nuit a été féconde, même en ces temps où la fatigue reprend de la place. Je rêve beaucoup, au moins deux rêves voire 3. Je m’en rappelle aussi. Pas dans tous les détails, mais avec suffisamment de clarté pour retenir un peu de leur contenu. Je ne me fixe pas d’obligation, je ne note que quand ça me semble nécessaire (merci, l'Arpenteuse !).

 

Ce matin, c’est la première fois que je suis devant quelques chose qui pourrait être une transposition onirique de ce que j’ai vécu hier.


En début d’après-midi, le téléphone sonne ; c’est ma mère paniquée parce qu’elle sait que A., bientôt 10 ans, va seul à son cours de guitare (à 1 min 30 sans courir, rue calme et pleine de monde à cette heure-là). Conversation devenue classique où elle m’assène sa terreur devant les enlèvements d’enfants qui se "multiplient", et le fait qu’elle sait, et pas nous, ce qu’il convient de faire. De mon côté, je rame pour dire ma vision des choses, l’incertitude inhérente aux choix que nous faisons  et notre responsabilité de parents. 27 minutes où j’ai pu globalement me dire, exprimer ma colère quand elle allait trop loin en nous culpabilisant, tout en l’assurant de mon amour et qu’elle me dise le sien. Oufff.

 

Cette nuit, j’ai fait un rêve très coloré, au rythme rapide et enlevé. Un bon film de science-fiction. L’histoire d’un dictateur qui me contrôle, ainsi que d’autres autour de moi, par des puces implantées dans ma chair.

Ma quête de liberté. Désactiver les contrôles, fuir à dos d’âne ( ?) dans des ruelles obscures, être rattrapée, et me libérer à nouveau, ainsi que mes proches.

Et surtout ce sentiment d’énergie, de volonté, et d’absence de peur.

 

Belle métaphore, non ?

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Jeudi 22 mai 2008

publié dans : Renouer les fils

En écho à Cécile et Agnès...

 

C’était il y a 2 ans, un matin de fête des mères.

 

La veille, toute joyeuse, je parcourais la rue de Rome pour acheter des cordes et une mentonnière pour mon violon fraîchement retrouvé. J’étais si heureuse de cette vie dans mon ventre. Qui sait, peut-être était-ce la petite fille que nous rêvions d’accueillir ? Peut-être allait-elle naître, libre, à son heure, dans le respect et l’amour, dans l’intimité de notre foyer ?

 

Ce matin-là, je me suis mise à perdre du sang. Juste un peu. De quoi s’inquiéter, certes, mais espérer, ainsi que nous le dit G., par téléphone, que ce ne soit qu’un saignement sans gravité. J’avais l’impression de marcher sur un fil, entre deux réalités différentes, et qui ne m’appartenaient pas.

 

Deux jours plus tard, le flot de sang ne me laissait plus de doute. C’était un jour de réunion sans fin, dans une atmosphère plus que pesante de ces désaccords qui s'accumulaient depuis de longs mois. Je tentais de faire bonne figure, tout en sachant la vie qui s’écoulait de moi, entraînant l’espoir. Je me rendis aux urgences pour être fixée, et vérifier que je n’étais pas en danger. Je savais que je devrais être forte, ne pas me laisser envahir par ce que j’y entendrais. Et en effet…

 

J’étais une femme en deuil de son enfant, dans le sang et les larmes, à qui on disait que ce n’était pas grave, puisque j’avais déjà 3 enfants. Et puis d’abord, qui sait si celui-ci était désiré ? Et en même temps, vu qu’on n’était pas sûr que ça se passe bien, il fallait que je prenne des cachets pour accélérer le processus. Des cachets que je ne voulais prendre qu’en cas de vraie nécessité, car j’allaitais M.

 

Cela ne m’atteignait pas, j’étais avec mon bébé, lui disant que j’acceptais qu’il s’en aille, puisque sa  fin était venue. Instant d’une déchirante tendresse. Qui me rendait forte. Au point que la secrétaire des urgences vint pleurer dans mes bras son frère mort dans un accident d’avion, alors que je remplissais les papiers d’admission.

 

Puis je suis rentrée, tard, un peu meurtrie. Les enfants étaient si calmes. 

 

Je restai quelques jours à la maison, me réfugiant sous la douche pour pleurer au creux de l’eau, puis partant dans des moments d’intense activité, pour ne pas céder au désespoir. J’étais entourée par ma famille que je sentais si forte, si soudée, par ces amies chères, à l’écoute de ma peine, par G., si douce.

 

Puis le bébé sortit, c’était le premier bébé que je mettais au monde seule.

Moment intense où le temps s’est arrêté. Je le contemplai longuement. Il était si petit, mais il avait tant de place dans ma vie.

Je mis au courant son père, et disposai de son corps, comme cela me sembla juste.

L. put dire sa peine.

 

J’empruntai quelques livres pour expliquer aux enfants, ce bébé venu et reparti si vite. C’était si simple, avec eux…

 

 

C’est banal, une fausse couche, si tôt dans la grossesse, mais pour moi, cela a marqué un tournant.

Je n’ai pas subi, mais vécu ce qui se présentait.

Accepter cette mort a changé mon rapport à la vie.


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