Je l'ai si souvent raconté.
D'abord, pour digérer cet épisode traumatisant.
Puis par fierté d'avoir sauvé ma vie d'un désastre.
Maintenant, pour marquer cette première "renaissance à moi-même".
C'était un matin de juin, déjà resplendissant de soleil en dépit de l'heure.
Je revenais d'une fête où j'avais passé la nuit pour glaner des idées pour le gala de mon école, que j'organisais.
J'avais bu très peu, et beaucoup dansé.
Je n'ai pas remarqué le jeune homme qui entrait sur mes pas à la Cité Universitaire où je logeais.
Ses yeux perdus sont revenus me hanter, plus tard.
J'ai pris l'ascenseur, et me suis dirigée vers ma chambre.
Quand j'ai inséré la carte qui servait de clé, et ai poussé ma porte, j'ai reçu un énorme coup sur la tête.
C'était une poele trainant dans la cuisine en face de ma chambre, et dont le manche s'est détaché sous l'impact.
L'homme s'est jeté sur moi. Il devait bien faire 20 à 25 kg de plus, et était grand.
La porte s'était refermée, personne ne pouvait rentrer sans clé.
Ses intentions étaient claires...
Même à moitié assommée, je n'ai pas réfléchi.
Dans cette autre dimension où le temps n'est qu'instant,
J'ai hurlé, réveillant tout l'étage.
Bousculé mes meubles à coups de pieds et cassé des objets,
Quand il a enfoncé son poing dans ma bouche pour me faire taire, je l'ai mordu au sang.
La louve en moi s'était réveillée, j'aurais tué sans état d'âme...
Il a pris peur, du monde commençait à venir.
Il s'est enfui, a été rattrapé par mon voisin, à qui il a dit s'être fait attaqué, et qui l'a laissé partir.
Puis s'est évanoui dans Paris.
Des amis sont venus me soutenir.
Je suis allée portée plainte, dans ce commissariat délabré, où l'ascenseur menaçait de céder sous nos pas.
Le commissaire était paternel, mais il avait perdu tout espoir...
Je me demande si ce moment n'a pas été le plus traumatisant, d'ailleurs,
Avec celui où j'ai été convoquée pour le reconnaître,
Avant de savoir que c'était sans objet.
Je n'avais presque rien, quelques contusions au visage, des courbatures énormes dues à mes hurlements.
Le plus long a été la suite.
Les réactions autour de moi, amicales, distantes, ou effrayées, ont mis à jour des ressorts cachés.
Mon copain de l'époque m'a offert un cran d'arrêt, que je lui ai vite rendu, et cela a été le premier déclic pour sortir de cette relation qui me faisait du tort.
Et puis ce charbon ardent de la peur animale, éveillé en permanence.
Comme un détecteur de la folie et de la violence.
Prendre le métro était quasi impossible tant ce que je "voyais" était insupportable.
J'en ressortais tremblante, quasi exsangue.
Je ne voulais pas tomber dans la paranoia ni la violence, la frontière était ténue...
Puis je suis revenue à la "normalité",
Tout en sachant que la non-violence a des limites,
Celle de la survie.
Et j'ai appris à lire dans les yeux des autres, la folie au moins ....
Des échos