Renouer les fils

Vendredi 30 mai 2008 5 30 05 2008 19:13












Non, je ne pourrai plus jamais lui parler...

Mais hier, en préparant les papiers administratifs d'annonce de son décès, j'ai trouvé, sur son micro, un fichier de 14 pages où il racontait l'histoire de sa famille, de ma famille.

Merci, papa.

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Vendredi 30 mai 2008 5 30 05 2008 18:48
Ces derniers jours, j'ai marché, souvent.
caressant du regard ma ville d'enfance,
longtemps délaissée,
et laissant le vent, l'eau, la lumière m'apaiser.

 


PS : merci pour vos mots de soutien.

 


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Jeudi 22 mai 2008 4 22 05 2008 08:51

En écho à Cécile et Agnès...

 

C’était il y a 2 ans, un matin de fête des mères.

 

La veille, toute joyeuse, je parcourais la rue de Rome pour acheter des cordes et une mentonnière pour mon violon fraîchement retrouvé. J’étais si heureuse de cette vie dans mon ventre. Qui sait, peut-être était-ce la petite fille que nous rêvions d’accueillir ? Peut-être allait-elle naître, libre, à son heure, dans le respect et l’amour, dans l’intimité de notre foyer ?

 

Ce matin-là, je me suis mise à perdre du sang. Juste un peu. De quoi s’inquiéter, certes, mais espérer, ainsi que nous le dit G., par téléphone, que ce ne soit qu’un saignement sans gravité. J’avais l’impression de marcher sur un fil, entre deux réalités différentes, et qui ne m’appartenaient pas.

 

Deux jours plus tard, le flot de sang ne me laissait plus de doute. C’était un jour de réunion sans fin, dans une atmosphère plus que pesante de ces désaccords qui s'accumulaient depuis de longs mois. Je tentais de faire bonne figure, tout en sachant la vie qui s’écoulait de moi, entraînant l’espoir. Je me rendis aux urgences pour être fixée, et vérifier que je n’étais pas en danger. Je savais que je devrais être forte, ne pas me laisser envahir par ce que j’y entendrais. Et en effet…

 

J’étais une femme en deuil de son enfant, dans le sang et les larmes, à qui on disait que ce n’était pas grave, puisque j’avais déjà 3 enfants. Et puis d’abord, qui sait si celui-ci était désiré ? Et en même temps, vu qu’on n’était pas sûr que ça se passe bien, il fallait que je prenne des cachets pour accélérer le processus. Des cachets que je ne voulais prendre qu’en cas de vraie nécessité, car j’allaitais M.

 

Cela ne m’atteignait pas, j’étais avec mon bébé, lui disant que j’acceptais qu’il s’en aille, puisque sa  fin était venue. Instant d’une déchirante tendresse. Qui me rendait forte. Au point que la secrétaire des urgences vint pleurer dans mes bras son frère mort dans un accident d’avion, alors que je remplissais les papiers d’admission.

 

Puis je suis rentrée, tard, un peu meurtrie. Les enfants étaient si calmes. 

 

Je restai quelques jours à la maison, me réfugiant sous la douche pour pleurer au creux de l’eau, puis partant dans des moments d’intense activité, pour ne pas céder au désespoir. J’étais entourée par ma famille que je sentais si forte, si soudée, par ces amies chères, à l’écoute de ma peine, par G., si douce.

 

Puis le bébé sortit, c’était le premier bébé que je mettais au monde seule.

Moment intense où le temps s’est arrêté. Je le contemplai longuement. Il était si petit, mais il avait tant de place dans ma vie.

Je mis au courant son père, et disposai de son corps, comme cela me sembla juste.

L. put dire sa peine.

 

J’empruntai quelques livres pour expliquer aux enfants, ce bébé venu et reparti si vite. C’était si simple, avec eux…

 

 

C’est banal, une fausse couche, si tôt dans la grossesse, mais pour moi, cela a marqué un tournant.

Je n’ai pas subi, mais vécu ce qui se présentait.

Accepter cette mort a changé mon rapport à la vie.


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Jeudi 1 mai 2008 4 01 05 2008 17:35
Quand elle m'a proposé de venir avec lui, j'ai hésité un instant, et je lui ai répondu que j'allais le lui demander.
Et puis j'ai raccroché, ai inspiré un grand coup, et suis allée le sortir de sa cachette. Mon violon.

Je l'avais délaissé depuis tant d'années, car je le jugeais coupable. De toutes ces heures d'enfance  volées à l'insouciance, des remarques et critiques incessantes, des cris et des fessées, parfois, devant ma passivité, ma médiocrité. Coupable de mon dégoût devant tout ce gâchis, car j'aimais la musique, mais pas ce qu'elle devenait sous mes doigts.

J'avais oublié tous les rituels bien huilés. Couper les ongles pour qu'ils ne glissent  pas sur les cordes. Ouvrir la boîte, enlever le couverture bleu profond, le dérouler de sa protection de soie, installer la mentonnière, tendre l'archet et vérifer qu'il soit enduit de colophane. L'accorder, corde après corde, puis deux par deux.
J'avais oublié les sensations, le bois sur la clavicule et le cou, le bout des doigts meurtri, le délicat équilibre du bras et du poignet droit, la position si peu naturelle du bras gauche, en torsion, et ma tendance à m'écrouler dessus.
J'avais oublié le son, surtout, si proche de l'oreille qu'on le perçoit de l'extérieur et par la vibration du corps.

Car la dernière fois, il y a quelques mois, c'est pour mon amie que je l'avais sorti, plus que pour moi, même si je l'avais touché avec plaisir.


Peur au ventre, comme quand on revoit quelqu'un de cher après tant d'années et qu'on ne sait quelle contenance adopter. Va-t-on retrouver le bonheur d'être ensemble ? Ou va-t-on se quitter pour toujours...

Alors, elle m'a aidé à l'apprivoiser. En m'accompagnant au piano pour une improvisation douce. Mon coeur battait fort, mais j'ai continué. Peu importe que les doigts ne tombent pas toujours juste, seul compte le son, l'énergie.

Alors je l'ai embrassée fort pour la remercier de ce cadeau. Il y aura sans doute d'autres duos.


Et en rentrant à la maison, je l'ai repris avec amour, je l'ai caressé, et j'ai joué, encore, jusqu'à ce que mes doigts souffrent trop.
Ce soir, je ne le rangerai pas dans l'armoire.




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Vendredi 7 mars 2008 5 07 03 2008 22:53

Je la connais depuis ce jour de juin où elle est venue déposer des roses auprès de mon berceau dans la lumière encore chaude du soir, se réjouissant que je sois une fille comme, seule, elle l'avait espéré.
Elle avait cinq ans.

Le drame familial, nous l'avons porté chacune d'un côté du vide béant laissé par l'absent si présent.

Il nous a  fallu plus de 36 ans, et une de ces conversations fleuves improbables qui nous relient, à distance, sur le chemin du retour, à la fin de journées harassantes , pour que nous partagions notre vécu autour de cette absence.
Le poids de l'ombre sur moi, et la protection si douce de mes grands-parents.
Le souvenir chez elle des premiers temps insouciants, et la cruauté des exigences toujours plus folles qui leur succédèrent brutalement.

C'était si intense de livrer nos douleurs et nos forces, d'entendre et de compatir sur le vécu de l'autre.
Les interruptions de communication, la foule autour, la fatigue dans nos membres n'y changeaient rien, sinon peut-être renforcer ce sentiment d'intimité, celui qu'on ressent au creux de la nuit quand un fil lumineux nous relie à une autre solitude.

Elle était mon idole, cette grande fille aux longs cheveux bruns, à l'air grave avec ses grands yeux.
Je l'admirais tant pour ce qu'elle savait et partageait, sa capacité à nager au large quand je pataugeais près du bord, que pour sa détermination à suivre sa route, se rebellant contre les exigences de ma mère, au prix des cris, des coups et des larmes.



Elle était ma  reine et quand elle s'éloigna à l'adolescence, j'en fus presqu'orpheline. Les  histoires partagées autour de 3 bouts de ficelle et d'un poupon fatigué s'évanouissaient au profit des rêves secrets d'amour tendre, des lettres parfumées des copines et des coups de téléphone passés en cachette.

Nos bébés nous rapprochèrent très fort, puis  nous nous éloignâmes à nouveau, nos choix de vie  évoluant dans des sens opposés.
Mon besoin de solitude durant ma "mue" me fit quasiment couper les ponts, et j'espaçai les coups de fils, comme pour me prémunir de cette force de rappel qu'est l'image qu'on garde dans les yeux de ceux qui nous connaissent depuis toujours.

Depuis quelques semaines, je vois dans le miroir certains de ses traits, j'entends dans ma voix les échos de la sienne, je la retrouve mêlée à ma vie, ma soeur adorée.
Dans quelques jours, elle fête son anniversaire, ma soeur chérie.
Et je l'aime tant :-)


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Mercredi 13 février 2008 3 13 02 2008 11:37
Préparer soigneusement mes petits paquets.
Attendre l'ouverture du bureau de poste lundi afin qu'il parte à la première heure.


Et voilà, son anniversaire, c'était aujourd'hui.
coeur-feuille.jpg

Je viens de raccrocher.
Elle a eu mon paquet au réveil.
Mon père l'a réceptionné hier dans la boîte et mis de côté.

Le cadeau a fait son effet.
Surprise à qui ne s'attendait plus à en recevoir de moi.
Emotion de ce que ça implique de retrouvailles.
Joie de ce partage d'un écrivain aimé.


Coeur en fête...





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Mercredi 6 février 2008 3 06 02 2008 16:10
Notre conversation hebdomadaire fut courte et joyeuse.

Courte, parce que ma sieste m'appelait.
Joyeuse, car depuis la dernière fois, un courrier lui est parvenu, avec une photo  de M. , rayonnant, et un petit mot plein d'amour.

Semaine prochaine, son anniversaire. 
Et cette fois, une fois n'est pas coutume, un petit paquet lui parviendra.
Ni convenu, ni attendu.

J'espère que cela lui fera plaisir, à ma maman...


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Vendredi 1 février 2008 5 01 02 2008 05:41
La visite de janvier porte ses fruits chez moi.

Pourtant,  son appel de mercredi a failli tourner court, une fois de plus, avec ces "tu devrais, as-tu déjà, mais pourquoi n'a-tu pas" etc etc.
Alors là, j'ai dit "Stop ! ce n'est pas ton rôle, c'est le mien, de m'occuper de mes enfants".
"Mais, l'expérience ?...et puis, tu auras la paix quand je serai morte".
Le chantage qui m'a tant fait plier, et contribue à la miner, ne marche plus. Parce que la Mort n'est pas un argument, mais une réalité qui donne à la vie sa  saveur, d'ici et maintenant, pour peu que la peur s'en aille.

Alors, je lui ai juste dit ce que je ressentais.

"Tu mourras un jour, moi aussi, ce n'est pas le problème puisque nous sommes là aujourd'hui."
J'ai ouvert mon coeur.
Je lui ai dit que ces quelques minutes d'échanges hebdomadaires, j'en attendais de partager ce que nous vivions, ce que nous ressentions, l'une et l'autre.
Et que les tâches à faire, j'en avais des milliers et que ma capacité à les oublier, un peu, de temps en temps, relevait de l'équilibre nécessaire à ma survie.

Après un temps de surprise de son côté, finalement, elle a partagé avec moi cette amitié qui lui fait chaud au coeur, et la rassure sur un soutien qu'elle aura en cas de coup dur.
Je lui ai raconté ces dimanches de balade qui ponctuent notre début d'année de petites douceurs partagées.


Quasiment une première, d'arriver juste à croiser nos récits, sans jugement ni rancoeur.
J'ai apprécié et espère être assez ferme pour que nous ne sortions pas (trop) de cette nouvelle voie.


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Jeudi 10 janvier 2008 4 10 01 2008 21:42
Hier, elle m'a appelé pour me dire combien ils avaient été heureux de me voir.

La conversation a duré une bonne demi-heure, record absolu de nos échanges ces dernières années...
Nous avons évoqué mon frère, le jour de sa mort qui se trouve être celui de la naissance de mon petit dernier. Je l'ignorais jusque là.

Nous avons évoqué nos chagrins à la disparition de ma grand-mère. J'ai pu lui dire combien elle avait été  une mère pour moi, et que je ne pouvais plus retourner chez eux, longtemps, du fait de son absence trop cruelle. Elle n'a pas compris pourquoi je ne l'avais pas consolée...

Au fil des mots, l'échange s'est évanoui au profit des vieilles blessures. des vieilles postures.
C'était un pas, d'en parler. Mais les murs ont ressurgi.

Je ne sais si nous pourrons aller plus loin...mais j'essaierai encore.




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Jeudi 3 janvier 2008 4 03 01 2008 21:31
Le temps passe, nul n’est éternel. 

Jusqu’au dernier moment, mon cœur balançait…
Finalement, ce matin avant l’aube,
j’ai décroché mon téléphone
pour proposer ce déjeuner impromptu, inattendu.
 
Donner du temps aux liens distendus.
Lancer un pont par-delà les blessures d’enfance,
les craintes et l’éloignement,
aussi bien intentionnées soient-elles.
 
J’étais sur leur territoire, mais sans crainte.
Droite sur mes jambes,
Forte de cette confiance en la famille que nous avons créée,
En ce que je suis aujourd’hui, par delà mes imperfections.
 
Ce déjeuner ne changera rien fondamentalement,
Ou peut-être, si,
Car dans nos cœurs réunis
Par delà les générations et les années,
Il y avait la joie d’être ensemble.
 
Je ne me suis obligée à rien,
ni à approuver,
ni à prendre,
ni à refuser.
 
Doux cadeau de début d’année
 
 

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Le temps

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